Vous avez certainement en tête, à l'évocation du nom de Mata Hari, l'image en noir et blanc, assez caricaturale, d'une belle espionne de la première guerre mondiale envoyant des billets doux à l'encre sympathique... et terminant malheureusement sa vie bien trop jeune au pied d'un poteau d'exécution par un petit matin froid parce qu'espionner, justement, ce n'est pas si sympa et c'est un vrai métier (si l'on peut dire!).
Ce n'était pas le métier de Mata Hari : elle était danseuse. Et même cela, à la réflexion, elle ne l'était pas non plus. Elle était plutôt disons...enjôleuse et dans un certain sens, ça peut être un métier. J'ai ouïe dire d'ailleurs que l'on donnait un nom bien plus moche à cette activité-là...
C'est en regardant une évocation de sa vie dans un téléfilm que j'ai eu envie de mieux connaître cette femme. Elle était alors magnifiquement incarnée par Marushka Detmers et son parcours si singulier m'a intriguée tout de suite.
Etant une fille souvent excessive, je recherchais dons absolument tout sur sa vie comme je le fais à chaque fois que quelqu'un m'interesse (et je me retrouve avec des archives effrayantes en proportion, moi qui ne souhaite que vivre légère!).
Mata Hari, ancienne danseuse hindoue (elle était hollandaise) quand elle ne dansait point, faisait commerce de ses charmes essentiellement avec des militaires (elle adorait l'uniforme) et menait grand train de vie à travers l'Europe qu'elle parcourait au gré de ses contrats, de ses envies ou de ses amours.
Autrefois mariée à un vieux militaire avec lequel elle avait vécu aux Indes (d'où son inspiration pour la création de son personnage sur scène), elle avait perdu là-bas son petit garçon assassiné dans de sombres circonstances. Sa fille devait également lui être enlevée à la suite de son divorce et lorsque de Mme Mac Leod elle passa à Mata Hari (Oeil du jour en javanais) il semble qu'elle tourna définitivement le dos à son ancienne vie.
Accusée par la France d'espionnage pour l'ennemi et condamnée à mort pour la même raison, elle termina cependant son parcours la tête haute, clamant jusqu'au bout son innocence, au pied d'un poteau du fort de Vincennes en 1917.
Dire pourquoi cette femme me fascine est une chose impossible à faire et c'est sans doute le propre des fascinations que d'avoir une partie d'inexplicable.
Est-ce la part de mystère qui l'entoura toujours? C'est vrai, j'ai toujours rêvé pour ma part d'avoir cette part de mystère qui rend magique mais je n'ai jamais rien pu cacher de mes joies, de mes peines au point que c'en est parfois indécent de vérité!
Est-ce sa part de liberté, cette façon de disposer de son cul comme bon lui semble, avec légéreté en plus?
Cette part de liberté qui la mène où elle veut, quand elle veut à une époque encore où les femmes n'osaient même pas se promener “en cheveux” (sans chapeau) car cela donnait mauvais genre? Cette liberté de faire fi de ce que les bien-penseurs en disent...
Bon, ce n'est pas son attirance pour l'uniforme qui nous réunit, ça me donnerait plutôt de l'urticaire...
Et cet autre mystère encore : comment peut-on être si imprudent? Ivre de liberté n'en était-elle pas devenue complétement inconsciente? Ca me sidère. Quand je refais son histoire (je les refais presque toutes, je ne peux m'en empêcher!), je la fais évader de son grand hôtel, déguisée, afin d'échapper aux flics qui la suivent à découvert.
Elle échappe aux polices et refait sa vie crânement dans un autre pays, peut-être même sur une autre planète (mon imagination n'a pas beaucoup de limite) comme elle l'avait fait avec tant de cran en 1905, à Paris.
Recommencer sa vie à 30 ans, à une époque où c'était déjà vieux pour une femme, c'était drôlement couillu, passez-moi l'expression (je n'en trouve pas de meilleure qui convienne!).
Et puis sans doute suis-je fascinée parce que derrière son image de guerrière de la vie il y avait un regard si mélancolique ...